Catégorie : Voyage

Une journée à Auroville

Une journée à Auroville

Le projet d’Auroville

La Mère, une disciple du philosophe et guru indien Sri Aurobindo, a eu la vision d’une ville qui pourrait changer le monde : une ville pour habiter ensemble sans guerre et dans l’entraide. Une ville pour inventer le monde de demain… Vaste programme !
Auroville tient donc son nom du sage Aurobindo ; malheureusement, il est mort bien avant que le projet voie le jour. Aujourd’hui, c’est une ville à quelques kilomètres au nord de Pondichéry. Elle est habitée à 40% par des Indiens, les 60% restants sont des étrangers venus des 5 continents.
Dans la vision de la Mère, il y avait une sorte de temple au milieu de la ville, où tous les habitants (quelle que soit leur religion) pourraient venir méditer dans le calme. À l’endroit désigné se trouvait un banian, cet arbre sacré en Inde, dont les lianes prennent racine dans le sol. L’arbre est toujours là et il a plus de 100 ans et fait 50m de diamètre. Construit de 1968 à 1973, le Matrimandir est un très grand bâtiment de méditation. Ses murs sont couverts de mosaïque en feuille d’or car la Mère voulait qu’il représente le soleil. Roger Anger, l’architecte lui a proposé plusieurs modèles différents et la mère a choisi cette sphère sur laquelle plus de 2 millions de mosaïques dorées ont été posées à la main sur toute la paroi. Au sommet du Matrimandir, un trou laisse passer la lumière et éclaire l’intérieur de la salle de méditation grâce à une boule en cristal (et non pas « de cristal »!) qui réfléchit les rayons du soleil dans toute la salle de méditation. Autour du Matrimandir qui est le centre d’Auroville, s’étendent 12 jardins avec chacun le nom d’une vertu et une fleur associée.
Les 4 zones qui forment la ville d’Auroville (culturelle, résidentielle, industrielle et internationale) ne ressemblent pas aux autres villes indiennes, mais plutôt à une grande forêt avec des petits hameaux éparpillés. En tout, les habitants d’Auroville auraient planté plus d’un million d’arbres dans cette région qui était déserte !!  Cette petite ville a pour objectif de s’autogérer et d’être autonome : les résidents ne paient pas de loyer mais une partie des revenus de chacun est donné pour participer aux besoins d’Auroville.

Cette ville utopique soulève bien des questions et des doutes mais aussi de la curiosité… nous sommes allées voir de plus près !

Notre visite à Auroville

Le premier jour, nous sommes allés au Visitor Centre et nous avons visionné une vidéo qui expliquait le projet d’Auroville. Puis nous avons pu rejoindre le point de vue pour observer le fameux Matrimandir. Nous sommes passés près d’un énorme banian et de très beaux espaces verts aménagés. Pour entrer dans le Matrimandir, il faut s’inscrire plusieurs jours à l’avance. Comme il s’agit d’un lieu de méditation, il ne se visite pas comme un bâtiment touristique et les enfants de moins de 10 ans n’y ont pas accès ! Ernest était furieux…
Ensuite, nous avons loué des vélos pour faire un grand tour dans Auroville et découvrir la ville au-delà du Visitor Centre. Mais il n’y avait pas de vélo pour enfants ! Ernest a dû apprendre à faire du vélo d’adulte… Comme il était en colère, il a réussi très vite !
Pendant ce temps, Cécile visitait l’une des écoles d’Auroville (la Oli school). Nous nous sommes ensuite tous réunis pour un repas bio, local et conscient au restaurant du Visitor Centre.
Trois jours plus tard, Olivier et moi nous sommes levés tôt pour aller méditer à 8h45 au centre de ce fabuleux bâtiment, le Matrimandir. Quand nous sommes arrivés, un guide canadien nous a expliqué le déroulement de la visite : d’abord se balader dans les jardins, puis aller méditer sous le Matrimandir pendant 15 minutes, puis rentrer dans la salle intérieure et se mettre en chaussettes blanches pour une nouvelle méditation de 20 minutes. Sous le Matrimandir coule une fontaine au milieu de laquelle se trouve une deuxième boule en cristal. À l’intérieur, il y a 3 pièces : le rez-de-chaussée où on quitte les chaussures et on met les chaussettes. Le 1e étage, une immense salle blanche au sol couvert de tapis blancs et éclairée par la lumière du soleil. Pour accéder à la salle de méditation au 2e étage, on emprunte une rampe d’accès en spirale le long de la paroi intérieure. La salle est toute blanche avec des piliers, des petits coussins pour s’assoir et au centre, la fameuse boule en cristal. Le guide nous a aussi expliqué les règles à l’intérieur de la salle de méditation : interdit de prendre des photos, de téléphoner, de parler, d’éternuer, de se moucher et même de péter !! Par contre chacun pouvait méditer librement 🙂
Après la méditation, nous avons pu aller sous le banian historique. Chacune de ses racines avaient un nom !

C’était une visite qui m’a rendu très zen ! Mais c’était aussi intéressant car l’architecture du lieu est très futuriste : on aurait pu se croire dans un vaisseau spatial… drôle de mélange !

L’école Carnot suit notre blog !

L’école Carnot suit notre blog !

Un grand merci aux enfants de l’école Carnot (l’école d’Ernest et de Solal) et aux animateurs qui suivent notre blog et nous envoient des messages pendant nos voyages ! Ça nous fait très plaisir et nous encourage !
Apparemment, nos articles sont consultés le vendredi pendant la pause déjeuner. Récemment, ils nous ont envoyé une photo qu’ils ont réalisée et qui représente le dieu Shiva avec ses nombreux bras.
Savez-vous que les dieux sont représentés avec plusieurs bras pour montrer leurs nombreux pouvoirs ? Chaque main peut tenir un objet — appelé attribut — qui symbolise un pouvoir précis : un trident, une conque marine, une fleur de lotus, etc. Plus une divinité a de bras, plus sa puissance « cosmique » est importante !
Parfois, ce sont simplement les gestes et la position des doigts qui nous montrent la nature du dieu : charitable si les doigts sont tournés vers le bas, protecteur s’ils pointent vers le haut…
Le point sur le front, appelé troisième œil, nous rappelle qu’il faut voir au-delà des réalités matérielles.
Voici quelques représentations de divinités hindoues croisées sur notre chemin…

 

Encore bravo et merci aux enfants de l’école Carnot d’Argenteuil et à leurs animateurs !

Sur la route des temples dravidiens

Sur la route des temples dravidiens

Bien que rentrés depuis un mois, l’Inde, ses villes et paysages, ses habitants, son tohu-bohu de couleurs, de bruits et d’odeurs nous habitent encore. Il nous reste encore beaucoup à raconter avant de nous projeter sur notre prochaine destination – la Californie – un tout autre monde…

Encore des temples !

Lorsque nous avons quitté Rameswaram, cette île au sud-est de la péninsule indienne qui fait face au Sri Lanka, nous sommes remontés au nord du Tamil Nadu, en train puis en voiture, jusqu’à Pondichéry.
Il faut le dire, nous avions eu notre « dose » de temple et de puja depuis Maduraï… pourtant, sur notre route, d’incroyables temples datant de la dynastie Chola, tous classés au patrimoine mondial de l’Unesco, nous ont surpris et impressionnés par leur imposante beauté. Maduraï nous avait bluffé avec ses gopuram surdimensionnés, ses statues par milliers et ses couleurs à tout casser. Fascinant, ostentatoire. Mais que dire de la beauté des temples de Tanjore, Darasuram et Gongaikondacholapuram, dont les pierres finement ciselées et gorgées de soleil nous semblent parler d’autres temps ?
Bien que ressemblants, ces trois temples ont chacun leur caractère. Dédiés à Shiva, ils ont chacun leur Nandi (vache qui est le véhicule sacré du dieu Shiva), ici discret, là presque aussi grand que le temple lui-même, leur lingam, leur mandapa. On y trouve une foule de personnes en fin de journée, déambulant sur les pelouses et les terrasses qui entourent les temples et donnent aux lieux un air de villégiature. Des perroquets, des écureuils ou des singes partagent les coins d’ombre avec les nombreuses statues sur les impressionnants gopuram de pierre blonde. L’un en pleine ville, les autres en pleine nature, tous sont des temples « vivants » où les rites sont encore pratiqués et les fidèles nombreux. Ici un Bouddha, là un Ganesh, partout des divinités ou des demi-dieux se partagent les piliers, les murs d’enceinte, les façades et les rampes d’escaliers. Dans cette profusion de motifs et de sculptures, on se sent remis à notre place, quelque part dans l’immensité du monde avec pour repère une bougie qui brûle ici, une couronne de fleurs qui repose là et, tout près, un enfant qui court et éclate de rire. Il est vrai, les rois Rajaraja qui ont été à l’origine de ces constructions il y a plus de dix siècles ne se sont pas trompés… par-delà les temps, ces temples en imposent encore par leur puissante majesté.

Tanjore

Darasuram

Gongaikondacholapuram

… et Mahabalipuram, pour couronner le tout

Mamallapuram (autre nom de ce village de pêcheurs et de tailleurs de pierre) concentre un nombre incroyable de monuments datant de la dynastie des Pallava, édifiés entre les VI et VIIIe siècles. C’est en quittant Pondichéry, sur la route vers Chennaï, que nous y avons fait une (trop) courte halte pour découvrir… le shore temple, un temple classé au patrimoine mondial de l’Unesco ! Celui-ci est un des plus vieux de l’Inde du sud et fait directement face à l’océan. Les nandis qui ornent son enceinte et toutes ses sculptures de pierre sont usées par les embruns ; l’eau, le sel, le vent et le temps ayant fait un sacré travail de patine. Ce temple n’est plus en service mais il est très touristique et très visité des Indiens. Il est le seul édifice toujours debout d’un ensemble de sept temples répartis le long de 10 km plage. Suite au tsunami de 2004, quelques vestiges en auraient été dégagés du sable…
Plus loin, nous avons découvert les Five Rathas, cinq « chars » chacun dédié à un dieu, sculptés directement dans d’énormes blocs de granits. Ces cinq mini-temples ont été taillés dans les pierres qui étaient sur place, en commençant par le haut. Les sculpteurs n’avaient pas le droit à l’erreur ! Ils n’ont d’ailleurs pas tous achevé leur travail… mais les Rathas sont beaucoup mieux conservés que le temple parce qu’ils ont longtemps été ensevelis dans le sable. Ce n’est que sous l’occupation britannique que les Anglais découvrirent les sculptures et les firent dégager. On imagine le choc des personnes découvrant ces châteaux de pierre sous la plage !
Depuis la route, en quittant Mahabalipuram pour attraper notre avion à Chennaï, nous avons aperçu les incroyables fresques d’Arjuna’s Penance sculptées sur de gigantesques rocs et représentant la descente du Gange sur terre. On comprend pourquoi la ville reste un des plus grands centres de la sculpture sur granit en Inde du sud…

Révisons un peu…

En fréquentant l’Inde et ses temples, nous en avons découvert peu à peu le lexique. Petit rappel :
dravidien :  de l’Inde du Sud (les dynasties Chola et Pallava étaient dravidiennes)
gopuram : édifice qui marque l’entrée dans l’enceinte d’un temple hindou
nandi : vache qui est la monture du dieu Shiva (celui de Ganesh est un rat !)
lingam : représentation de la part féminine et masculine du dieu Shiva
mandapa : salle à colonnes dans le temple hindou
puja : rituel sous forme de prières et d’offrandes pour faire descendre une divinité dans la statue la représentant.
Nous avons aussi appris à connaître le b.a.-ba de la mythologie hindoue. Parler de polythéisme en Inde, ce n’est pas du flan : plus de 33 millions de divinités y sont célébrées ! Ce que nous a révélé un Indien de Pondychéry qui avait vécu à Paris, et que nous vous livrons ici, c’est qu’il n’y a en fait que 3 dieux hindous : Brahma (le créateur), Vishnou (le protecteur) et Shiva (le destructeur-régénérateur). Tous les autres ne sont que des avatars et des réincarnations divines ou humaines de cette trinité ! Il suffit alors de connaître leurs montures, leurs attributs, le nombre de leurs bras et leur femme et vous avez les clés pour vous repérer. Facile non ?

Et maintenant, prononcez 10 fois de suite « Gongaikondacholapuram » !

Petit poème pour passer le temps

Petit poème pour passer le temps

Carl Norac est un auteur touche à tout, à l’écriture d’humeur changeante et sensible. Aujourd’hui, je partage avec vous le plaisir du jour, l’un de ses Petits poèmes pour passer le temps, comme un bonbon qui, à peine fondu, appelle à un prendre un autre… Un bonbon qui a le goût du mot sur le bout de la langue. Un bonbon qui a le goût du voyage !

À l’avenir

À l’avenir, laisse-moi tranquille,
dit le présent à la grammaire.
Je ne veux plus me conjuguer
ni au futur ni au passé.
Je vis à l’instant composé
et je me déguise en seconde.
Ça me va bien. Je cours le monde.
On est le temps. On a le temps
de le perdre et de le trouver.
Grammaire, fous-moi donc la paix
avec tes règles et tes grands airs.
Je suis. Je fuis. Je vis. J’y vais.

 Carl Noral, Petits poèmes pour passer le temps
Ill. Kitty Crowther, éd. Didier jeunesse, 2008

 

Gingee, repère des singes

Gingee, repère des singes

Une fois bien installés à Pondichéry, nous décidons de partir pour Gingee (prononcez « sinji »), un fort au sommet d’une montagne, où il y a beaucoup de singes (macaques ?) et où il faut monter 1350 marches pour arriver au sommet.

Sur le chemin, en taxi, notre chauffeur s’arrête pour acheter des biscuits que nous pouvons lancer aux singes que nous croisons sur la route. Une fois arrivés, on peut voir des singes en liberté partout. Alors, nous visitons un bassin pour éléphants, très profond et très large. Puis nous nous amusons dans les arbres à lianes (comme Tarzan) : des banians. Quand nous décidons de partir pour le sommet, nous commençons l’ascension des marches sous un soleil tapant. C’est difficile, alors nous nous reposons un peu à chaque coin d’ombre et observons le magnifique paysage, vraiment impressionnant et beau. Arrivés en haut, la vue est toujours plus magnifique et nous visitons les ruines (et non-ruines) du fort au sommet. Là, nous rencontrons un groupe de quatre Indiens (originaires du Kérala) faisant le tour de l’Inde du sud en moto. Ils nous accompagnent pour la redescente, moins fatigante que la montée.

Les mille et un véhicules indiens

Les mille et un véhicules indiens

En Inde, tout nous dépayse, même les véhicules. Ils participent à l’animation des rues autant que les commerces et les gens. Colorés, décorés, ils sont une des manifestations du goût indien pour les couleurs et les typographies graphiques mais aussi une illustration du sens pratique des indiens, qui ne manquent pas d’imagination pour transformer les véhicules afin de les adapter à toutes sortes d’usages.

Vélos à tout faire

Le vélo est très présent et sert à transporter aussi bien des personnes que des marchandises ou du matériel. On en trouve de différentes sortes : vélo-taxi tricycle ou rickshaw, vélo camion avec remorque, vélo magasin avec tout un stock d’objets à vendre… plus rien de nous étonne…

Tuk-tuk

Le tuk-tuk – prononcer touc-touc : c’est le bruit pétaradant du moteur – nom familier du rickshaw à essence, est à la fois une version modernisée du vélo pousse-pousse, un taxi du pauvre et un symbole des rues indiennes. Ce véhicule avec un avant de scooter, un pare-brise et une carrosserie sans porte, a fasciné les enfants, surtout Ernest, qui voudrait qu’on en achète un en France !

Voitures

Les voitures en Inde sont de marque Tata (on trouve absolument tous les produits sous cette marque : de l’électroménager aux camions en passant par les climatiseurs). L’Inde a été le théâtre de l’affrontement entre Tata et Dacia-Renault pour créer la voiture la moins chère. Tata avec la Nano et Renault avec la Logan, puis, encore moins chère, la Renault Kwid, conçue et fabriquée en Inde à Chennai. Mahindra est la marque indienne qui s’est associée à Renault. On trouve aussi beaucoup de Toyota et quelques Chevrolet. Nous avons souvent voyagé en Toyota Innova (monospace fabriqué en Inde), bien adaptée pour notre famille, ou en Chevrolet Avira ou en Renault Lodgy. Bien sûr, on a aussi croisé des « Ambassador », voiture mythique, symbole de l’industrie automobile indienne et récemment rachetée par Peugeot :

« L’Ambassador est, tu le sais Ganapahi, le symbole classique du développement industriel de l’Inde après l’indépendance. Démodée même neuve, inefficace et malcommode, gaspillant l’acier et l’essence, trop chère et trop lourde, avec un système de direction du genre char à bœufs et le châssis d’un tank, protégée et utilisée par nos nationalistes au nom de l’autonomie économique, l’Ambassador a dominé les routes de l’Inde depuis l’arrivé de Dhritarashtra au pouvoir. »
Shashi Tharoor, le grand roman indien, p.439.

Malgré tous ces défauts, nous avons été bien heureux de trouver en arrivant vers minuit à Tanjore, une Ambassador avec son chauffeur (un des rare encore réveillé à cette heure). Nous nous sommes entassés tous les 5 avec nos gros sacs dans cette antiquité bringuebalante mais si stylée… et le chauffeur nous a conduit jusqu’à notre pension avec beaucoup d’efforts pour trouver l’adresse. Encore un indien adorable !

Camions et bus

Les camions et les bus se partagent essentiellement entre deux marques indiennes : Tata et Ashok Leiland, dont nous avons vu le siège à Chennai. Ces véhicules dont la silhouette massive est perchée sur de hautes roues, sont tous très bien décorés et toujours colorés.

Deux roues

Les deux roues sont omniprésents dans les rues et sur les routes, motos, mobylettes, scooters. On voit souvent des familles de 4 à 5 personnes sur un scooter ou une moto. Très peu de casques ! Là encore, une marque mythique indienne domine les autres : Royal Enfield. Ces motos anglaises équipaient historiquement la police indienne et leur fabrication a été relancée en Inde dans les années 1970. La marque de grosse cylindrée a même dépassé Harley Davidson en nombre de véhicules vendus en 2014. Et l’Inde est devenue cette année le premier producteur de deux-roues au monde devant la Chine.

Tut tut

Comment parler des véhicules sans évoquer la circulation en Inde ? On nous avait prévenu, mais on l’a vérifié : le principal outil du conducteur est le klaxon ! Solal a même développé une théorie à ce sujet. D’après lui, le coup de klaxon peut avoir deux significations. La première : « Attention j’arrive » et la seconde : « Pousse-toi ou meurs » ! C’est vrai que les Indiens ont une manière particulière de se partager l’espace urbain et la route, de se doubler, de s’éviter et de garder leur calme dans le chaos. Comme nous l’a dit Anna, une Française rencontrée dans notre pension de Pondichéry  : « La distance de sécurité ? C’est tant que ça n’a pas touché. » Au début, les trajets en voiture étaient très fatigants pour nous car nous avions l’impression de frôler l’accident à chaque minute. Et puis on s’est habitué et notre dernier chauffeur nous a même paru un peu lent !

Le bout du bout du monde

Le bout du bout du monde

Nous sortons de la grande ville de Maduraï pour aller à Rameswaram, une petite ville sur une île, reliée seulement par un pont au reste de l’Inde, juste en face du Sri Lanka.

Cette ville s’appelle Rameswaram, car elle est liée à Rama, la réincarnation de Vishnou. Rama s’était fait voler son épouse Sita par le démon Ravana qui l’avait emmenée dans sa forteresse au Sri Lanka. Donc Rama est allé au Sri Lanka pour sauver Sita et tuer Ravana. Pour l’aider à traverser, une armée de singes et d’écureuils ont construit un pont de pierres et de roches (dingue, non ?) qui est maintenant écroulé. Mais certaines pierres continuent de flotter au cas où un autre dieu ait besoin de se rendre au Sri Lanka en vitesse. Rama est revenu à Rameswaram pour se purifier dans la mer, car il avait tué quelqu’un, ce qui était mal vu. Et donc, maintenant les Indiens viennent se purifier dans cette mer bénite par Rama.

Le premier jour, nous visitons le grand temple de Ramanatha Swami, dédié au seigneur Rama, autour duquel la ville a été construite. Le lendemain, nous nous levons tôt, ce qui est très difficile, pour faire un tour des environs : nous visitons 7 temples mais surtout nous allons tout tout au bout de la pointe, entre le golfe du Bengale et l’océan indien, à Danushkodi.

Eh oui… nous sommes allés au bout du bout du MONDE !!!!

En revenant, nous nous arrêtons à Old Danushkodi, un ancien petit village détruit par un cyclone en 1964 et dont il ne reste que des ruines et des petites maisons de tôle faites à l’arrache. Nous trouvons des vendeurs de pacotille à qui nous achetons un lingam. Le lingam est un objet religieux hindou qui représente le masculin et le féminin, en particulier Shiva, Parvati et leur amour. Nous avons vu une peinture d’un lingam sur le plafond du temple de Maduraï qui est très étrange car de n’importe quel endroit d’où on le regarde, on a toujours l’impression qu’il est tourné vers nous.

La peinture magique

Et pour repartir de Rameswaram, nous avons pris un train sur un pont ferroviaire au ras de l’eau, impressionnant parce qu’il fait seulement la largeur des rails et est long de plusieurs centaines de mètre. Le pont peut s’ouvrir au milieu pour laisser passer les bateaux avec un tas de mécanismes différents.

C’était l’endroit le plus à l’Est de toute ma vie !

Et pour finir, voici comme d’habitude, un petit échantillon de nos photos prises à Rameswaram :

Splendeur de l’hindouisme et clameur des klaxons à Maduraï

Splendeur de l’hindouisme et clameur des klaxons à Maduraï

L’arrivée à Maduraï a été pour nous un double choc et l’occasion de découvrir de nouvelles facettes de l’inde.

Premier choc : la rue !

Choc de la rue indienne bourdonnante, en mouvement continuel, avec ses klaxons incessants, ses rues boueuses, ses trottoirs – euh, quels trottoirs ? – sa circulation omniprésente et chaotique. Les petits métiers, les gens qui déplient un bout de tissu dans la rue et y alignent quelques babioles à vendre, les petits marchés à la sauvette mais permanents, les grappes d’Indiens partout, allongés à même le sol, accroupis, dormant dans leurs véhicules : tuktuk ou tricycles et les nombreux mendiants qui vous montrent leur bouche pour dire qu’ils ont faim. Dans la rue, la saturation des sens est permanente : couleurs, bruits, odeurs. Les photos et même les vidéos sont toujours décevantes car incapables de transmettre cette atmosphère si particulière. On réalise alors que les lieux qu’on a vu jusqu’ici dans le Kérala et qui nous paraissaient déjà très animés, étaient en fait des endroits plutôt calmes pour l’Inde !
Par quel bout prendre cette ville qui nous paraît tentaculaire ? Mani, un chauffeur de pousse-pousse, nous fait découvrir et partager sa ville avec beaucoup de tendresse et d’humanité : le marché aux tissus et ses tailleurs en enfilade dans un temple désacralisé, le marché aux bananes (le wall street de la banane, nous dit-il), le marché aux légumes et ses étals colorés puis celui aux bambous… Nous buvons sur ses conseils un délicieux Jigarthanda, boisson sucrée dont raffolent les Indiens, avant de faire un détour au musée Gandhi. Maduraï est en effet la ville où il décida de ne plus porter les habits occidentaux mais d’adopter le dhoti, drap noué en pagne, typique des paysans indiens.

Second choc : le temple

Une merveille architecturale et un temple hindou très ancien et très vivant. Ce temple est une vraie ville dans la ville, avec ses marchands, ses rituels, ses horaires et ses règles. Son architecture typique des temples dravidiens avec ces grosses tours pyramidales à la fois massives et grouillantes de sculptures colorées. On les appelle des gopura. Là nous rencontrons Mina, un guide francophone qui nous embarque dans ce labyrinthe et nous révèle quelques secrets sur le temple et quelques épisodes de l’histoire de Shiva et Parvati, sa femme, à qui est dédié le temple. Il pose sur nos fronts de la poudre rouge et blanche (faite avec de la cendre de bouse de vache : rien ne se perd !). Il nous conseille de revenir le soir pour assister au rituel du voyage de la statue. En effet, la statue de Shiva est déplacée à chaque coucher du soleil pour passer la nuit en compagnie de la statue de sa femme Parvati, sise dans un autre temple, afin qu’ils puissent engendrer le monde. Fumées d’encens, sons du tambour et de la flute et ferveur des participants nous étourdissent.

 

Maduraï est une ville très touristique… pour les Indiens ! De pèlerinage même. Nous n’y croisons que peu d’Européens. Et nous devenons nous-mêmes une attraction : notre peau blanche fascine et tout le monde veut son selfie avec les petits frenchies, en particulier avec Ernest ! What’s your name ? Which country ? Photo please ? Snap ? Ça a pris de telle proportions qu’on a fini par refuser systématiquement (et poliment), dur dur d’être des stars !

Cécile et Olivier

 

Du Kerala au Tamil Nadu

Du Kerala au Tamil Nadu

L’espace et le temps indiens

Se déplacer dans ce vaste pays demande du temps. Évaluer le meilleur mode de transport d’un point à un autre n’est pas une chose facile.
Le réseau des trains est assez dense, l’ensemble de l’Inde est bien desservie et les liaisons sont nombreuses. C’est un moyen de transport très populaire ; en conséquence, les trains sont toujours très pleins et il faut s’y prendre plusieurs jours à l’avance pour être sûr d’avoir des billets. Or l’anticipation n’est pas notre fort… Et malgré nos efforts, impossible d’acheter les billets en ligne car le site IRCTC (Indian Railway Catering et Tourism Corporation – la SNCF Indienne) n’accepte pas les cartes Visa.
Pour un trajet jusqu’à 150 km, vu que nous sommes 5 (plus les bagages), il est plus avantageux pour nous de louer une voiture avec un chauffeur, même si la durée du trajet n’est pas forcément plus rapide car l’état des routes et du trafic est assez aléatoire… C’est donc en taxi que nous quittons l’ashram d’Amma pour Thiruvananthapuram, la capitale du Kérala au nom si chantant (appelée aussi plus simplement Trivandrum – ouf !) Ce sera pour nous une simple étape d’une nuit, avant de prendre un train pour Maduraï. Cette fois, nous avons réussi à prendre des billets en classe CC (Chair Coah – places assises avec climatisation).

Gare de Trivandrum

Cyclone

Avec ce train, nous traversons l’extrême sud de l’Inde, qui vient d’être touché par le cyclone Ockhi et nous découvrons les dégâts : champs et villages inondés, bananiers pliés en deux, cocotiers décapités… On est bien contents de ne pas avoir été là lorsqu’il est passé 1 jour plus tôt.

Vrushita

La suite de notre voyage est animée par la rencontre avec une famille indienne originaire de Mysore et en particulier la petite Vrushita qui vient à notre rencontre avec une énergie et un naturel désarmant. Jeux d’école : elle fait la maîtresse, trace des lettres sur un tableau imaginaire, Ernest et Cécile sont ses élèves et du haut de ses 3 ans et demi elle corrige et donne des instructions. Jeux de mains, sauts, chants, danse, collage de gommettes, dinette, tout cela avec quelques mots d’anglais et beaucoup de gestes. Après ces quelques heures de trajet, nous sommes vraiment amis. Le lendemain, nous retrouvons par hasard toute la famille aux portes du temple de Maduraï – mais cette fois, Vrushita est toute intimidée… Une belle rencontre !

La vie dans un ashram

La vie dans un ashram

Qu’est-ce que c’est un ashram ? Un guru ? Qui est Amma ? Qui vit à Amritapuri ? Qu’y fait-on ?

Nous avions réservé quelques nuits à l’ashram d’Amma, mais dans le taxi qui nous y amenait, nous ne savions répondre précisément à aucune de ces questions et nous n’en menions pas large… qu’allions nous découvrir à Amritapuri, cette mini-ville dans la ville autour de la maison natale d’Amma ?

  1. Un ashram c’est un lieu où des aspirants spirituels vivent avec leur maître, leur guru.
  2. Un guru, c’est donc une sorte de maître, quelqu’un qui inspire, littéralement « celui qui enlève l’ignorance et l’obscurité ». Il n’a pas en Inde le sens négatif que nous lui donnons en français.
  3. Amma, qui veut dire « mère », est le nom que lui ont donné ses premiers disciples. Née dans une petite maison de paysans, autour de laquelle est aujourd’hui construit l’ashram, Amma a été très tôt confrontée à la pauvreté et elle a décidé de faire son possible pour aider à sa mesure ceux qu’elle rencontrait. Rapidement, alors même qu’elle est encore enfant, elle se consacre aux autres et on l’appelle Amma. Aujourd’hui, elle est à la tête d’une ONG (ETW) qui agit localement (par exemple, lors du tsunami) mais aussi internationalement (à Fukushima, à la Nouvelle-Orléans après le cyclone Katrina…) Elle a fondé plusieurs écoles primaires et une université en Inde. Elle est aussi connue en France, et partout ailleurs, pour les « câlins » qu’elle donne à chacun : c’est le darshan d’Amma. Normalement, le darshan (sorte de bénédiction qui veut dire « vision ») n’implique pas de toucher son guru, mais Amma échappe sur ce point à la tradition hindoue. Amma est reconnue comme une cheffe spirituelle de l’hindouisme, bien qu’elle se déclare sans religion, et c’est elle qui est invitée aux côtés du Pape, du Dalaï Lama et autres représentants religieux internationaux pour représenter l’hindouisme.
  4. Amritapuri est donc l’ashram d’Amma et le siège de son ONG. Y vivent plus de 3000 résidents permanents, Indiens ou Européens : moines hindous, novices, ou aspirants moines, retraités qui se retirent dans un ashram comme cela en est la tradition en Inde, étudiants et mêmes quelques familles… Et bien sûr, des visiteurs, pour quelques mois ou quelques jours, comme nous. C’est Vishak, un résident français, qui nous accueille et nous explique tout en nous faisant visiter l’ashram.
  5. L’ashram est donc une véritable petite ville avec ses restaurants, ses épiceries thématiques, son hôpital gratuit, sa bibliothèque, son service de tri des déchets… et bien sûr son temple ! On y trouve beaucoup d’activités, la plupart liées à la spiritualité. Et tout cela fonctionne en grande partie grâce aux « sevas », les services désintéressés (bénévoles), rendus par les résidents et les visiteurs. Ici on se salue avec le mantra « Om namah Shivaya » partout présent en Inde : la formule rituelle d’accueil et de salutation courante entre hindous, mais aussi le mot de passe du wifi à Varkala ou la chanson écoutée en boucle par l’un de nos chauffeurs…

Nous avons finalement passé 3 nuits à l’ashram d’Amma. Ernest n’a pas trouvé la chambre de cet « hôtel » aussi confortable que les précédentes, et pour cause, ce sont des chambres monastiques, très simples… À 5 dans 10 m2, sans climatisation ni eau chaude, avec un robinet dont l’eau coulait rouge, c’est sûr que le confort était spartiate ! Notre chambre était au dernier étage et nous avions pour seuls voisins des chauve-souris et des pigeons… mais une fois propre, nous nous sommes peu à peu attachés à notre chambre !

En tant que visiteurs, nous étions parfois dans nos petits souliers, car il nous a d’abord fallu comprendre le fonctionnement et les règles de l’ashram – qui étaient en fait pour beaucoup, celles des Hindous. Enlever ses chaussures avant de rentrer dans un lieu ; avoir une tenue décente ; respecter le silence lors des prières ; ne pas prendre de photos, etc. Mais les résidents étaient généralement accueillants et ouverts, à partir du moment où nous respections les règles de base. La plupart étaient habillés en blanc, mais nous n’étions pas les seuls à porter des habits flashy. Nous cherchions constamment notre chemin, mangions le plus souvent à la cantine européenne (moins épicée!) et posions beaucoup de questions mais nous avons finalement appris beaucoup sur les traditions indiennes et hindoues, et rencontré des gens aux parcours très différents et venant du monde entier (Italie, Espagne, France, Brésil, États-Unis, Australie, Israël)…

Pétronille occupée à la fermeture des sacs de déchets.

Petit clin d’œil à Pétronille, jeune Française arrivée le même jour que nous, qui passe une année en Inde après son BAC et qui avait déjà passé une année en Colombie après le Brevet !
Nous avons participé activement aux sevas en triant des bouteilles (dont une qui expulsa son liquide orange comme un boulet de canon quand Armand l’ouvrit), en cousant les sacs de tri (donnant des ampoules à Olivier) [cf le reportage de Solal en 2 vidéos ci-dessous], en chargeant des magazines dans un camion, en étalant des pâtes à pizza…
et nous avons profité de l’hôpital gratuit pour demander un avis sur l’otite d’Ernest (ah, la clim!), de la bibliothèque pour lire des BD en français, de la boutique d’occasion pour acheter une chemise en lin…
Nous n’avons pas eu le courage de nous lever à 5h pour la première prière, mais cela n’a froissé personne ! Et nous sommes restés bien à l’abri pendant que le cyclone Ockhi passait au-dessus de nos têtes.

Et Amma, nous direz-vous ? Eh bien nous ne l’avons pas vu car elle était à ce moment là en France où elle vient chaque année.

En trois jours, nous avons pu satisfaire notre curiosité et en savoir plus sur l’action d’Amma et de son association Embracing the World. En bon Français, nous sommes plutôt allergiques à la dimension mystique qui se dégage des rituels et à certains rapports au maître qui nous  évoquent un fort culte de la personnalité… Mais cette dimension semble culturellement très différente en Inde, comme nous avons pu le voir dans les mémoriaux à Ghandi (à Maduraï) et à Abdul Kalam (à Rameswaram).
En tout cas, les gens que nous avons rencontrés ici nous ont tous parus joyeux et tolérants. Ils étaient très actifs et engagés, conscients des questions écologiques et sociales, avec une forte spiritualité mais sans prosélytisme exagéré. La plupart nous ont simplement souhaité de rencontrer Amma pour nous faire notre propre opinion.

 

 

 

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